A.A.C. 30 ans et pas de validation de la diminution du risque !

de | mars 18, 2015

Une recherche sur les statistiques de l’Apprentissage Anticipée de la Conduite (A.A.C.) ne fait que confirmer ce que je pense depuis que je fais ce métier. Rien ne vient valider son action sur la diminution du risque chez jeunes conducteurs.

Cette formation improprement nommée Conduite Accompagnée (1) fait pourtant partie du paysage du permis de conduire depuis longtemps. Après une expérimentation en 1986 puis sa généralisation en 1990, cette formation a été mise en avant par les différents gouvernements comme étant bénéfique (2). Encore tout récemment un document de la sécurité routière en vante les mérites. Et même les assureurs qui n’ont pas la réputation de vouloir faire des cadeaux, en font aussi la promotion. Pourtant, personne ne peut en donner les avantages en terme de sécurité routière (3). C’est un des paradoxes.

On trouve pourtant beaucoup de références à son apport dans la diminution des accidents de la route.

  • « Les statistiques démontrent que les jeunes conducteurs de l’AAC ont 4 à 5 fois moins d’accidents que les conducteurs novices issus de la formation traditionnelle, dans la même tranche d’âge » Site Caradisac.
  • « Il semblerait également que les jeunes conducteurs ayant profité du système de la conduite accompagnée aient moins d’accidents que les autres (risque divisé par 5). « D’après une étude statistique menée par une société d’assurance, la diminution du risque d’accident avoisinerait les 10 % ». Wikipedia
  • « Et pour cause, selon les derniers chiffres disponibles, les titulaires du carton rose formés dans le cadre de la conduite accompagnée ont en effet 2 à 3 fois moins d’accidents que les autres conducteurs novices ». Site Auto-Evasion
  • « Elle diminue les risques d’accident : les jeunes conducteurs issus de la conduite accompagnée ont moins d’accidents que ceux issus de la filière classique. » Site Topo-fc.info

Problème, on ne trouve pas de validation de cette diminution. Essayons de comprendre.

D’abord, le nombre de candidat n’est pas significatif, le pourcentage des A.A.C. dans les passages des examens tournant autour de 20%. Ce qui est peu pour faire modifier les statistiques. Contrairement à la croyance populaire, cette formule n’arrive pas se développer. Les parents, pensent qu’ils ne seront pas à la hauteur, soit pour la formation soit pour la relation. Les enfants, eux n’ont pas toujours envie de passer du temps avec leurs parents. Il y a aussi la difficulté de trouver du temps, un accompagnateur ou même un véhicule qui puissent remplir les conditions. Il existe, pourtant, certains avantages non négligeables qui auraient pu faire changer les choses. On constate une meilleure réussite à l’examen du permis de conduire, une diminution de la surprime jeune conducteur et globalement pas plus d’heures de conduite, en tout, que pour une formation traditionnelle. Les réponses données par les personnes qui font la conduite accompagnées sont d’ailleurs intéressantes à étudiées. On en a en fait 3 types. Les parents qui l’imposent parce qu’ils y voient une amélioration de la sécurité. Les personnes qui la font pour la diminution du coût de l’assurance. Les jeunes qui peuvent se retrouver au volant d’une voiture plus rapidement.

Ensuite, certains spécialistes évoquent le problème d’une formation en auto-école très hétérogène (4). Pour compenser cela, ils ont « imposé » une nouvelle matrice de formation à la conduite qui s’impose aux auto-écoles. On y reviendra dans un prochain article.

Mais au final, le problème de fond à résoudre est celui du jeune au volant de sa voiture. Et c’est doute là que le bas blesse. La formule  directement liée à la croyance que l’augmentation du temps de conduite en formation voudrait que l’expérience entraine une diminution du risque (5). Rien n’est moins sur. En effet, il semble qu’une trop grande expérience entraine des habitudes non sécuritaires chez certains élèves renforcées parfois par le ou les accompagnateurs avec une non vérification des « mauvaises » habitudes , une retranscription d’habitudes validées comme étant normatives ou un laissé aller en « dormant » à coté. Mais le risque le plus important est que l’expérience renforce le sentiment de confiance en soi de cet âge. Et il n’est pas sur que l’accompagnateur soit le plus à même de traiter ce problème. On assiste d’ailleurs dans certains cas à une véritable lutte de pouvoir dans le véhicule entre l’élève et l’accompagnateur et le vainqueur n’est pas toujours ce dernier.

Alors pourquoi continuer à promouvoir cette formation et pourquoi les assureurs participent à cet effort ?

  • Une analyse, si elle ne donne pas de résultats statistiques, tend à montrer le bienfaits de l’A.A.C. sur la compréhension de l’accident. Elle montre une plus grande capacité à reconnaitre sa responsabilité dans un accident (6).
  • C’est peut-être aussi une volonté de montrer l’effort fait sur la sensibilisation par rapport à la répression (6 points, réduction des vitesses).
  • Les assurances, en fait, n’ont pas le choix. La loi a prévu un plafonnement de la surprime.

Pour conclure, même si rien ne valide la diminution du risque, rien ne validerait le contraire. Et dans le contexte actuel, une meilleure réussite à l’examen n’est déjà pas une mauvaise chose.


1 – La conduite accompagnée est la partie entre la fin de formation initiale en auto-école et le passage de l’examen du permis de conduire.

2 – B. Belloc et M. Ivaldi, Évaluation de l’apprentissage anticipé de la conduite […], Toulouse : GREMAQ/Université des sciences sociales de Toulouse, 1990 et T. Bontemps, J. Lagadec et Y. Page, Efficacité de l’apprentissage anticipé de la conduite sur la diminution du taux d’accidents chez les jeunes conducteurs, Paris/La Défense : Sylab/ONISR, 1993. Des données concernant des conducteurs novices, compilées en 1994, d’un côté par la Mutuelle d’assurances des instituteurs de France (MAIF) et, d’un autre côté, par le Groupement des entreprises mutuelles d’assurances (GEMA) montrent que la fréquence des sinistres responsables est sensiblement inférieure durant la première année suivant l’obtention du permis chez les conducteurs ayant suivi l’A.A.C.

3 – Voir La Prévention Routière. « A ce jour, il n’existe pas d’étude qui prouve que le conducteur en conduite accompagnée ait moins d’accidents que les autres ». Voir aussi Sandy Torres et Philippe Gauthier, Situations routières défaillantes et formation à la conduite, Pour le compte de : La Fondation MAIF, Avril 2005, page 7 (Doc) et Chloe FreydierAttention divisée en simulation de conduite automobile. Influence de l’expérience et Impact de l’alcool. Psychology. Aix-Marseille Universitéé, 2014. page 50.

4 – Jean-Pascal Assailly, Recherches et pratiques éducatives innovantes (matrice GDE) pour l’accès au permis de conduire en Europe – La matrice GDE en Europe – Préconisations Jean-pascal Assailly, Rapport N°4 sur 4 Convention DSCR/INSERR N° 0001813 INSERR – Pôle Développement – Sabine GRANCHER – Juin 2008, Page 116.

5 – « – Obliger les jeunes conducteurs à passer plus de temps à conduire en compagnie d’un conducteur expérimenté, en plus des leçons de conduite devant les préparer à passer l’examen de conduite. Lorsque la Suède a relevé le nombre d’heures de conduite requises par la loi, pour la porter de 50 à 120 heures en 1993, le nombre d’accidents impliquant de jeunes conducteurs novices est tombé de 40 % en deux ans ». (Rapport de l’OCDE/CEMT, Jeunes conducteurs : la voie vers la sécurité, Septembre 2006)

6 – Sandy Torres et Philippe Gauthier, Situations routières défaillantes et formation à la conduite, Pour le compte de : La Fondation MAIF, Avril 2005, page 40

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