Ornikar : avancée réelle ou feu de paille ?

de | septembre 2, 2015

Avec une neutralité rare, sans doute par méconnaissance de la profession, mais sentant l’odeur du souffre, les médias se sont fait le relais de l’arrivée d’ORNIKAR dans le petit monde de la formation à la conduite (1).

Au fait de quoi parle-t-on ?

ORNIKAR est une structure qui a pour vocation de permettre une diminution du prix de la formation à la conduite. Cette vocation est clairement exprimée sur son site internet (2). Et pour cela, plusieurs axes ont été envisagés :

  • supprimer l’obligation d’un local afin de réduire les frais fixes, et donc réduire le coût global de la formation ;
  • prise de rendez-vous, gestion du planning externalisée, donc moins de personnel administratif ;
  • des enseignants de la conduite auto-entrepreneurs avec leur propres voitures ;
  • une formation théorique uniquement sur internet.

On peut donc de prime abord y voir une avancée dans ce qui est considéré par certain comme une profession protégée (3) avec un vrai gain pour l’élève : diminution du prix, moins de contrainte avec une auto-école, possibilité de changer quand on veut de formateur, etc…

Immédiatement la profession, se réfugiant derrière la loi, demanda l’interdiction de cette structure au motif que cette loi impose un local pour toute formation à titre onéreux. La justice ayant donnée raison à la profession en refusant la délivrance d’un agrément, ORNIKAR a donc changer son fusil d’épaule et met en place un système alternatif. Les moniteurs ne font pas payer la leçon mais louent leurs véhicules auto-écoles à des personnes qui veulent apprendre à conduire en candidat libre comme le permet la législation. (La justification donnée par les responsables du site de la Loi Macron est peu crédible, ces facultés de candidat libre et de location de véhicule à doubles commandes existent depuis toujours). C’est ce qu’on appelle un détournement de l’esprit de la loi.

Mais cela permet de se libérer de beaucoup de tracasseries administratives :

  • inscription au permis de conduire par le candidat en direct, ce qui libère la structure de cette tache et de la gestion des places d’examen ;
  • pas de contrat de formation obligatoire entre le prestataire et l’élève ;
  • charges pour les formateurs, étant auto-entrepreneurs, la structure n’a pas ce type de salarié à gérer (maladie, accidents, famille, etc.) et à payer ;
  • conflit dans le cadre d’une formation, la structure n’apparait pas dans le cadre pédagogique.

Deux aspects sont important à étudier dans cette organisation, le financier et le pédagogique.

L’aspect financier du système, savoir qui y gagne et qui perd.

Celui qui gagne c’est incontestablement ORNIKAR. Ce n’est d’ailleurs pas gênant. Les 2 sources de revenus sont limités mais avec des perspectives importantes. Le code à 49,90 € et 9,90 € de frais pris sur chaque leçons de conduite pardon locations de véhicules ont sans doute été étudiés avec soin. Surtout si le potentiel s’est porté sur l’ensemble des passages de permis de conduire évalués à plus d’un million de personnes par an (plutôt 800 000 si on ne parle que de la voiture). Ceci étant, sur le code il doit exister des frais. Je vois mal une structure comme celle-ci faire ses propres séries.

Celui qui gagne au début et n’est pas sur de continuer à gagner, c’est le candidat au permis de conduire. A 40 € la leçon de conduite, pardon la location d’une voiture doubles commandes n’est pas très chère pour les grandes villes. Mais cela ne réduit absolument pas le nombre d’heures moyen d’une formation globale qui est de 30 heures en moyenne. De plus l’impossibilité de proposer l’A.A.C. (Apprentissage Anticipé de la Conduite ou Conduite accompagnée) pose un problème de taille, celui du taux de réussite. En effet, le taux est directement lié à la pratique et si la conduite accompagnée permet un taux de 75%, la formation traditionnelle est beaucoup moins performante (inférieure à 50% en première présentation). Et ce qui fait gonfler la facture de la formation ce sont les heures supplémentaires. Loin de moi l’idée de croire qu’une auto-école fait toujours bien son boulot tant sur le plan pédagogique qu’administratif, mais la signature d’un contrat obligatoire a sans doute limité certains abus. Alors que dans ce cadre, pas de lien juridique, pas d’obligation de suivi.

De plus ce n’est pas la prestation la moins chère. Il existe des sites qui proposent une formation code gratuite (sur inscription) ou moins chère (au alentour de 10 €).

Celui qui de toute façon va gagner le moins, c’est le formateur, pardon le loueur de voiture. A 25 € de recette par heure, il touchera moins qu’un salarié de base dans une auto-école et les difficultés en plus. En effet, la convention collective donne comme salaire de base 7,76 € par heure net (environ 1171€ net/mois). Mais dans son régime, pas de déduction possible sur les frais du véhicules, le carburant, les assurances, la RSI et autres joyeusetés de ce statut. Mais surtout aucune sécurité dans le nombre d’heure. Ne risque-t’on pas d’avoir une course à la leçon pour compenser cette situation ? Et comment le site pourra remédier à cette dérive ?

L’aspect pédagogique

Mais peut-on avoir la croyance que le permis de conduire n’est qu’un problème financier. Que la réussite à l’examen doit être plus importante que la la façon dont le futur conducteur doit s’inscrire en tant que citoyen routier. Que le monde est peuplé de « bisounours » qui vont n’avoir pour objectif que de réduire la facture de la formation à la conduite pour des candidats désireux d’apprendre à partager la route. En fait, une formation à la conduite peut elle être comparée à la location d’une Freebox (4)? C’est toute la question. Quelle sera la réalité d’un candidat livré totalement à lui-même face à une administration (qui va tout faire pour le décourager), un site (sans visage) et un ou plusieurs formateurs sans suivi ?

De fait, quid du formateur/loueur de son véhicule ? Qui va vérifier son aptitude à la formation ? Qui pourra sanctionner s’il ne respecte pas les fondamentaux pédagogiques ? Le fait de contourner le système permet que n’importe qui puisse se positionner comme enseignant de la conduite et de la sécurité routière et faire des leçons.

En fait, on a tout de même l’impression que cette structure cherche plus à justifier un modèle économique en mettant en avant le bien être financier des candidats au permis de conduire que de vraiment vouloir aller de l’avant dans la formation à la conduite. D’ailleurs, cela apparaît assez clairement par sa gestion du code qui se résume en fait à du bachotage (en fait exactement comme les autres structures).

En forme de conclusion

Je n’ai pas de raison de souhaiter un quelconque échec à cette structure, je constate juste plus de difficultés que d’avantages immédiats pour les candidats et les formateurs/loueurs. Et je crains que ce ne soit pas la bonne méthode pour améliorer la situation de la formation à la conduite dans l’hexagone.


1 – « 20 minutes » ; « Le Figaro » ; « BMFTV »

2 – Site internet

3 – Il faudra qu’un jour la personne qui a positionné les auto-écoles dans la case « profession protégée » m’explique. Personne ne fixe le prix des prestations, l’état n’interdit pas de passer l’examen en candidat libre, les places d’examen sont délivrées au compte gouttes par l’administration en fonction de critères aléatoires, etc. En fait rien de comparable avec les pharmaciens, notaires, huissiers, etc.

4 – Le patron de Free, Xavier NIEL est un soutien de cette structure.

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