Réforme du code de la route : une rustine sur une jambe de bois

de | février 19, 2016

C’est à grand renfort de communication que le Délégué Interministériel à la Sécurité Routière, M. Barbe présente la réforme de l’Épreuve Théorique Générale (et non du Code de la route). Elle s’inscrit dans une volonté de réduire l’accidentalité des jeunes conducteurs. Elle fait d’ailleurs partie d’une réforme plus profonde de la sensibilisation à la sécurité routière initiée en 2011 avec le R.E.M.C. (pour les non spécialistes : « Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne »). Cette réforme peut apparaître sur le papier comme intéressante. Elle s’inscrit dans la volonté de mettre le jeune conducteur dans une position de citoyen de la route et veut sortir du cliché des questions trop théoriques de l’examen de code. Pas sûr que la réalisation soit à la hauteur des attentes.

On nous annonce un passage de 700 à 1000 questions et qu’elles seront révolutionnaires. D’abord le nombre est loin d’être significatif. Déjà en 1972, l’examen comprenait 14 séries de 40 questions soit 560 questions. Une quinzième série pour atteindre 600 en tout, est arrivée en 1990. La refonte numérique de 1998 n’a en fait rien changée sinon nous faire passer du poinçon au boitier. Si, pardons, nous faire passer de la R16 à la Clio sur les images !!  Présentée comme une révolution, cette mini reforme ne changera rien.

D’abord parce que le support de validation ne change pas.

Comment peut-on a ce point se tromper d’objectif ? Dans un dispositif où plus d’un million de personnes se trouve à passer cet examen, vouloir faire une modification des représentations des jeunes sur la route en les faisant répondre à un QCM de 40 questions est faire abstraction de tout ce qui est des problématiques de formation et de psychologie. On le sait (surtout dans un contexte aussi concurrentiel), c’est la validation qui définit la formation. En restant sur ce type de validation très restrictive, nous restons sur une acquisition d’automatismes et non de réflexions. Ce n’est pas en rajoutant des vidéos ou des animations 3D que cela changera quelque chose.

Ensuite parce que le type de question n’est pas adapté.

La réforme R.E.M.C. est pourtant claire, il faut agir sur les représentations, sur la conscientisation du risque chez les jeunes. En quoi savoir qu’il faut appuyer sur le frein pour démarrer un véhicule automatique ou savoir que l’eCall est une géolocalisation ou autre chose est une prise de conscience du risque que je peux prendre sur la route. Ou encore, si je ne m’arrête pas sur une injonction d’un agent j’encoure une sanction de …. La question sur les indices est en contradiction avec toutes les connaissances que l’on a sur ce qu’un conducteur peut ou ne peut pas voir. Et cela n’a rien a voir avec l’expérience. Je ne trouve d’ailleurs, dans aucune des 15 questions qui nous sont présentées, une quelconque référence au risque spécifique des futurs jeunes conducteurs.

Les réponses, elles aussi, ne vont pas rajouter une clarté absolue. J’entend bien qu’il failles faire une différence entre le je peux et je dois, entre j’ai le droit de faire et il faut le faire. Comment faire de fait la différence entre un dépassement autorisé mais déconseillé par rapport à un autre. Ainsi la question sur le dépassement sur un passage à niveau est certes pertinente sur la photo mais a peu de chance de l’être dans la réalité de la situation. De fait on risque d’avoir encore plus de décalage entre les questions de « code » et la réalité.

Enfin, je constate avec la question 15 une contradiction avec ce qui est enseigné en pratique … pour des questions de sécurité. Le comble !!! En effet, dans tous les cas, il est demandé (non, imposé à l’élève) de descendre les rapports de vitesse jusqu’en 2ème pour s’arrêter de façon à soutenir le freinage. Ne pas le faire serait d’ailleurs sanctionné par les examinateurs durant l’examen pratique. Il faut une certaine cohérence.

Enfin parce que plus en plus le candidat se forme seul.

Cette réforme est un non sens parce qu’elle ne modifie en rien la façon dont des auto-écoles « forment » les jeunes. C’est à dire les laisser seuls devant des séries passées en boucle sans qu’il y ait de formateur qui donnent des explications, fassent des commentaires, expliquent les comportements et surtout sachent travailler sur les représentations. On assiste d’ailleurs depuis plusieurs années à la formation dématérialisée avec les élèves qui ne viennent même plus dans les auto-écoles et font toute leur formation par internet. Or on sait que le travail sur les représentations ne peut être fait seul surtout à cet âge.

La vraie réforme serait une refonte complète non seulement des examens mais surtout de la compréhension que la connaissance ou l’aptitude à une action ne réduit pas le risque.

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